Accessoires pour bébés

Accessoires pour bébés

Jolly Jumper, exerciseurs ou chaise Bumbo?

«Mon bébé adore être dans son exerciseur. Il aime sauter, s’amuse avec les jouets colorés et peut y rester des heures sans chigner»

«Il peut déjà rester assis dans son petit siège, il est très stable dans cette position!»

Vous avez sûrement déjà entendu une maman mentionner les exploits de son bébé, mais qu’en est-il réellement des accessoires pour bébé?
Les accessoires de stimulation sont sans contredit bien aimés des tout-petits. Ils sont également appréciés des parents qui y trouvent un bon moyen de vaquer à d’autres occupations. Préparer les repas, s’occuper des autres enfants de la fratrie et effectuer les tâches ménagères devient alors envisageable. Toutefois, ces accessoires devraient être utilisés que très rarement et sur de très courtes périodes de temps. Tous les accessoires stimulent l’enfant à la verticalité de façon beaucoup trop précoce et peuvent faire entrave à un développement moteur harmonieux.

Entre 5 et 8 mois, l’acquisition du tonus nécessaire à la position assise et éventuellement de la position debout avec appui, passe par le jeu au sol et la stimulation en position ventrale. Les exerciseurs de tout acabit ne sont donc pas recommandés avant cet âge, puisqu’ils entravent le processus naturel de maturation des os et des articulations des membres inférieurs et de la colonne vertébrale.

Les roulades (dos au ventre, ventre au dos) que bébé exécute habituellement entre 5 et 7 mois, mais qui peuvent également être pratiquées à l’aide d’un parent, préparent celui-ci à la position assise. Cette position met à contribution une multitude de muscles posturaux et permettra également l’acquisition de la latéralité et de l’appui sur les mains si on lui en laisse l’opportunité.

En effet, c’est en créant la demande que l’on crée l’acquisition du mouvement et un développement moteur harmonieux. Par exemple, le fait de placer des jouets à une distance de préhension raisonnable sans les donner directement au bébé stimule sa curiosité et l’incite à trouver un moyen de parvenir à les saisir. Il exerce ainsi ses muscles et stimule par le fait même son équilibre. Les matelas de sol et les tapis d’éveil sont de bons outils pour permettre à bébé de jouer et d’explorer sa mobilité dans un environnement sécuritaire.

La position 4 pattes, quant à elle, potentialisera le développement du champ visuel, de la conscience corporelle et de l’ouverture de ses mains, ce qui l’aidera ensuite à développer sa dextérité. Ce moyen de locomotion lui donnera confiance et autonomie. En effet, il pourra éventuellement se déplacer très rapidement et efficacement de cette façon. C’est ce que la pédiatre Emmi Pikler nomme le « sentiment de compétence ».

La marche à 4 pattes permet donc au rampeur de découvrir son environnement et de se familiariser avec l’équilibre par l’apprentissage de la répartition de son poids sur les membres deux par deux. Ce travail au niveau de l’équilibre l’entraînera de la position à 4 pattes à celle du chevalier (un genou au sol et l’autre en flexion pied au sol) qui est la prémisse à la station verticale. Ce type de déplacement est aussi une préparation de tout son corps pour des activités motrices futures tel que la marche, la course, le vélo et l’écriture. Il existerait ainsi un lien positif entre la position de quadrupède et l’acquisition du langage.

Les heures passées à se tenir debout à l’aide de l’exerciseur ou du Jolly Jumper ne participent pas au renforcement actif de l’ossature et de la musculature du bébé. Dans ces accessoires, le poids du bébé est supporté et l’empêche d’utiliser sa propre force. De plus, les muscles de l’abdomen, du bassin et des bras ainsi que la souplesse ligamentaire se développent bien au fur et à mesure des progrès de bébé au sol. Ce qui n’est pas nécessairement le cas avec l’installation.

La chaise Bumbo est intéressante pour le parent puisqu’elle offre un soutien qui permettra à l’enfant d’avoir une certaine stabilité. Elle ne devrait être utilisée qu’à partir de 5 mois, quand le port de la tête est complètement acquis et que le bébé a un bon tonus postural des muscles du dos. Par contre, à cet âge, bébé aura la stabilité nécessaire sur laquelle il pourra s’appuyer, mais il s’ennuiera vite de ne pas pouvoir se mouvoir et expérimenter à sa guise. Il est donc important de le laisser acquérir des fonctions motrices stabilisatrices au préalable et cette étape devrait se faire par la stimulation au sol. C’est ainsi que l’acquisition de la musculature périphérique s’en trouvera bonifiée puisqu’elle se construira en appui sur cette stabilité centrale. Il faut construire les murs d’une maison sur des fondations solides. Personne n’imaginerait faire le procédé inverse!

Même phénomène du côté des installations de style exerciseurs. La stimulation visuelle est inadéquate, car l’enfant doit d’abord développer un regard horizontal, au sol, en position ventrale. Dans l’exerciseur, l’enfant a la tête penchée vers l’avant et les yeux convergents dus à la proximité des jouets. De plus, la stimulation proprioceptive (notion de position de notre corps dans l’espace) est diminuée, car l’enfant n’est stimulé que dans un seul plan de mouvement (haut/bas par les sauts et avant /arrière) ce qui limite son développement global. Pour se développer harmonieusement, bébé doit faire des mouvements variés dans tous les plans de l’espace.

Les principaux récepteurs proprioceptifs sont la plante des pieds, la vue et le système vestibulaire situé dans l’oreille interne. Il est donc aussi important de laisser bébé découvrir de nouvelles textures (herbes, sable, asphalte, bois, tapis) pieds nus. S’il est supporté, il aura tendance à rester sur la pointe des pieds et cette tendance pourrait ensuite perdurer lorsqu’il deviendra marcheur. On peut donc encore une fois penser que l’exerciseur comme moyen de stimulation doit demeurer un moyen transitoire de stimuler bébé et non le moyen de prédilection utilisé par les parents.

Le jeu au sol en liberté, la position ventrale, les roulades latérales, les déséquilibres et l’autonomie demeurent les meilleurs outils de stimulation accessible aux parents pour préparer leurs tout-petits à se construire eux-mêmes. Les bienfaits de la motricité libre* font aujourd’hui largement consensus. Il ne faut cependant pas oublier que la motricité libre s’accompagne, c’est-à-dire, qu’on ne laisse pas l’enfant se développer tout seul. L’adulte, par sa présence attentive et attentionnée à l’égard de l’enfant et par le regard qu’il va poser sur les efforts de ce dernier, va porter et soutenir l’enfant dans ses progressions, sans pour autant intervenir dans les différentes étapes.

Finalement, s’il arrivait que vous ayez des doutes concernant la progression du développement moteur de votre enfant, vous pourriez consulter en ostéopathie. Parfois, un manque de mobilité peut entraîner une difficulté à exécuter un mouvement et ainsi perturber certaines acquisitions motrices. L’ostéopathie est un moyen sécuritaire d’aider votre enfant.

* Vous pouvez en apprendre davantage sur la motricité libre sur le site de la pédiatre hongroise Emmi Pikler et de l’association pour la motricité libre Pikler-Loczy. C’est grâce à une observation fine et rigoureuse sur plus de 700 enfants, laissés libres de leurs mouvements, réalisée sur plusieurs années que cette pédiatre a pu expliquer le déroulement des étapes du développement moteur. Cette observation a aussi montré que la variation d’âge d’acquisition selon les enfants peut être très grande. Les comparaisons ou les inquiétudes n’ont pas lieu d’être si l’enfant va bien.

Références :
  • De Notariis, Maria. (2008). Regarde-moi- Le développement neuromoteur de 0 à 15 mois, CHU Ste-Justine : Montréal.
  • Bly, Lois. (1994). Motor skills acquisition in the first year, Therapy skill builders: San Antonio.
  • Pikler, Emmi. (1979). Se mouvoir en liberté dès le premier âge, Presses Universitaires de France.
  • Robinson, P-J, DO. (2016). Notes de cours de pédiatrie, Collège d’Études Ostéopathiques,Montréal.
  • Forestier, Michèle. (2011). De la naissance aux premiers pas : accompagner l’enfant dans ses découvertes motrices, Eres : Toulouse
Par Nancy Côté, D.O.| 31 Juillet 2016|Catégories: Ostéopathie|
Titre : Ostéopathe
Description : Nancy Côté a terminé ses études de premier cycle en ostéopathie au Collège d'études ostéopathiques de Montréal en 2010. Elle a complété ses études de deuxième cycle pour l'obtention de son titre de D.O. (Diplôme en Ostéopathie) dans le programme internat et essai suite à la présentation d'une recherche sur l'insomnie.

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